La ponctuation
Cours dispensé de 1999 à 2003 à Paris IV-Sorbonne (DEUG 1)
Références et abréviations:
RPR: Riegel, Pellat, Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF, 1994
PP: Aragon, Le Paysan de Paris, coll. Folio
FF: Nerval, Les Filles du Feu, GF
GM: Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, Livre de Poche
JFC: Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre, Folio
RF: Gauthier, Récits fantastiques, GF
JF: Diderot, Jacques le fataliste, GF
Introduction :
Les signes orthographiques représentent des phonèmes ; ex : oi = [wa] alors que les signes de ponctuation sont des signes sans correspondance de phonèmes. Le point, la virgule, les points de suspension sont la marque du vide sur le plan sonore ; ils sont idéographiques.
Définition : la ponctuation est " un système de signes qui contribuent à l’organisation d’un texte écrit et qui apportent des indications prosodiques, marquent des rapports syntaxiques ou véhiculent des informations sémantiques. " (J. Popin, La Ponctuation, coll. 128)
En effet, ces signes, intérieurs au texte, au message écrit, correspondent à différents éléments. Ils marquent un phénomène oral : ex : le ? marque l’intonation, les … marquent une pause. Ils peuvent avoir un rôle graphique, comme l’alinéa, les caractères gras ou italique.
Ils contribuent ainsi à la structuration du texte
Pierre dit Paul est idiot
La ponctuation explicite ainsi les articulations sémantiques et logiques et supprime les ambiguïtés.
On comptera parmi les différents signes de ponctuation : la virgule, le point virgule, le point, le point d’exclamation, le point d’interrogation, les points de suspension, les deux points, les guillemets, les tirets, les parenthèse et crochets. Il faudra aussi penser aux blancs (paragraphes, alinéas) et à leur rôle dans la mise en page du poème, aux majuscules qui soulignent la démarcation des phrases ou du vers.
Définition des cinq fonctions de la ponctuation :
Quelle méthode d’analyse ?
La question de ponctuation est une des quatre question de grammaire que l’on vous pose à l’examen. Vous avez à analyser la ponctuation sur 3/4 lignes de texte. Il va de soit qu’on attend de vous un classement des signes.
Vous pouvez opter pour un plan:
Aucun plan n’est parfait, tous conduisent à se répéter mais l’absence de plan est rédhibitoire (ie au fil du texte) !
Le travail que vous aurez à effectuer est en quelque sorte inverse du mien : je vous donne les fonctions et illustre celles-ci à partir d’exemples tirés du texte, alors que vous aurez à partir du texte et à établir un plan fonctionnel ou " positionnel ".
1. Les signes annexes
1. Les signes typographiques
C’est une division arbitraire de l’énoncé ; la pensée est articulée en sous-développements qui doivent présenter une unité et une cohérence. Le paragraphe peut recevoir un sous-titre, c’est l’ultime subdivision du livre pour laquelle cela est possible. Il se distingue par un retrait de sa première ligne et est séparé du § précédent par une ligne vierge.
L’alinéa est une subdivision du § qui est lui aussi marqué par un retrait de sa première ligne , mais n’est pas séparé de l’alinéa précédent par une ligne vierge. L’alinéa est l’unité supérieure de la phrase.
D’un point de vue stylistique, il existe deux transgressions possibles : l’une qui morcelle le texte à l’extrême dans des alinéas composés d’une seule phrase. L’autre qui au contraire refuse toute articulation pendant des pages et des pages (cf. Claude Simon)
c. variation typographiques
On emploie l’italique lorsqu’il s’agit de signaler dans un texte un mot ou une expression étrangers (le latin par exemple), un néologisme, une audace de vocabulaire. Ils attestent donc toujours d’une intention d’auteur. On y reviendra donc dans le cadre de l’étude de la fonction énonciative car il y joue un rôle très important.
Noter la distinction qu’ils permettent de faire entre les didascalies et le dialogue au théâtre
2. autres signes
2. Les signes ayant une fonction prosodique principale ou signes pausaux
Ce sont des signes qui ont pour fonction originelle de marquer des frontières syntaxiques qui correspondent aux pauses de la voix ; ils ont donc d’abord une fonction prosodique ( pause ou intonation), puis une fonction syntaxique, nécessairement, et éventuellement d’autres fonctions secondaire, telles que sémantique, ou énonciative.
1.le point
2. le point-virgule
Une angoisse effroyable me tenaillait le cœur ; chaque minute qui s’écoulait me tenaillait le cœur RF 121
Une fois les volets ouverts, je revis avec attendrissement les vieux meubles conservés dans le même état et qu’on frottait de temps en temps, la haute armoire de noyer, deux tableaux flamands qu’on disiat l’ouvrage d’un ancien peintre, notre aïeul ; de grandes estampes d’après Boucher, et toute une série encadrée de gravures (…) ; sur la table, un chien empaillé que j’avais connu vivant, ancien compagnon de mes courses dans les bois, le dernier carlin peut-être, car il appartenait à cette race perdue. FF 194
Elle était persuadée que tant de bonheur était impossible ; que le jeune homme était trop jeune pour elle ; que toutes merveilles qu’il lui décrivait étaient imaginaires GM 154
Ici énumération des meubles et structures // (que), de plus, les ; établissent une hiérarchie/ virgules
Elle ne nous a pas oubliés ; elle est couturière à paris auprès de Notre-Dame ; GM 155
Ici, il a donc une fonction syntaxique interphrastique, comme un point
Tout en parcourant les rues de la ville, je regardais toutes les fenêtres et à tous les balcons si je ne verrais pas Clarimonde ; mais il était trop matin RF 127
La pierre de Clarimonde devrait être scellée d’un triple sceau ; car ce n’est pas, à ce qu’on m’a dit, la première fois qu’elle est morte. RF 137
Même remarque sur la fonction interphrastique
j’ai peine à croire encore que ce fût un démon ; du moins elle n’en avait pas l’air RF 139
- Le lien logique souligné peut être causal ou consécutif
On n’a pas mis la table ce soir là ; chacun dîne sur ses genoux, où il peut, dans la salle de classe obscure GM 129-30
la vie m’apparaissait sous un aspect tout autre ; je venais de naître à un nouvel ordre d’idées. RF 121
3. la virgule
Elle marque une faible pause ; son rôle est d’isoler un terme dans le déroulement de la phrase, donc sa fonction pausale est intrinsèquement liée à ses fonctions syntaxiques :
3.1. la virgule a une fonction coordonnante ; elle sépare des termes de même fonction
Je crois voir de trop près ma main qui écrit et ma plume est une enfilée de brouillard. PP 42
Mais une virgule peut doubler la conjonction, ayant alors une valeur sémantique particulière, ou de mise en relief
Pour moi vous étiez Saint-Preux, et je me retrouvais dans Julie. FF 192
Je me laissais faire avec la plus coupable complaisance, et elle accompagnait tout cela du plus charmant babil. RF 139
Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d’une minute pour vous faire perdre l’éternité. RF 150
La virgule ici double la conj., et souligne en la renforçant la symétrie (fonction sémantique) ou la cause : car vient justifier l’énoncé qui le précède.
D’un coup de fouet, Meaulnes voulut lui faire reprendre sa vive allure, mais elle continua à marcher au pas GM 45
Quand il ne s’agit pas de deux propositions, mais de deux mots ou groupes de mots séparés par mais, la virgule met en valeur leur opposition :
Les saules nous abritaient des regards, mais non pas du soleil. GM 159
.
Ce n’est pas le cas du porto de Certâ : chaud, ferme, assuré, et véritablement timbré. PP 96
Je voyais la meilleure société du monde, des fils de famille ruinés, des femmes de théâtre, des escrocs, des parasites et des spadassins. RF
Si la conj. coord. est répétée alors la virgule se place devant chaque conj. sauf la première
Mais je me souviens parfaitement que je me trouvai avec Karr dans une maison qui n'est ni la sienne ni la mienne, ni aucune de celles que je connais. RF
[attention : ici Aragon ne met pas de virgule] Rien ne peut m’assurer de la réalité (…) ni la rigueur d’une logique ni la force d’une sensation PP 14
J’ai connu des cheveux de résine, des cheveux de topaze, des cheveux d’hystérie. PP 51 (la virgule = et)
3.2. La virgule sépare des termes de fonctions différentes
Elle permet donc d’isoler le groupe fonctionnel
- une apostrophe : Prenez garde, mon frère, et n’écoutez pas les suggestions du diable. RF 126
Ici, l’apostrophe a une fonction phatique, c’est-à-dire d’interpellation du destinataire
- une proposition incise (indique le discours rapporté) : Sylvie, lui-dis-je, vous ne m’aimez plus ! FF 192
Ici, l’incise place en cours de discours le peu de narration qui est indispensable pour savoir qui parle
- une proposition incidente ( sert à insérer un commentaire sur un discours, à l’intérieur de ce discours) : Il n’y avait plus, semblait-il, entre les heures de cours et de récréation, cette dure démarcation qui faisait la vie scolaire simple et réglée comme par la succession du jour et de la nuit. GM 99 A vrai dire, ce fut seulement au tout premier instant que nous eûmes de l’effroi. GM 87
la première incidente de GM nous précise que ce point de vue est tout personnel et certainement pas partagé par le maître d’école ; là aussi fonction énonciative ; la deuxième incidente nous renseigne sur le point de vue du narrateur sur les événements.
- apposition (GN ou adj. placé à côté d’un autre GN) : Krafft, génial rêveur, tu promenais un œil dément PP 181
On a donc ici, outre la fonction syntaxique intraphrastique, une fonction sémantique, puisqu’elle explicite le découpage de la phrase et distingue l’apposition de l’épithète, et une fonction énonciative, puisqu’elle indique un changement de niveau énonciatif.
- relative explicative : C'est ainsi que finit mon rêve d'opium, qui ne me laissa d'autre trace qu'une vague mélancolie, suite ordinaire de ces sortes d'hallucinations. RF 162
Même remarque la virgule a ici, outre sa fonction syntaxique une fonction sémantique, puisqu’elle permet de distinguer la relative explicative de la relative déterminative, et une fonction énonciative, puisqu’elle indique un changement de niveau énonciatif.
- phrase disloquée (ou segmentée), un des constituants de la phrase se trouve rejeté hors du cadre de la phrase, à droite (en rappel) ou à gauche ( en prolepse) et rappelé par un pronom
ex : Le cours de ponctuation, je le déteste.
Certaines, il les léchaient. PP 118
Ici, rejet à gauche en prolepse et mise en valeur de " certaines " : rejet à droite en rappel)
- phrase semi-clivée, structure de phrase qui combine le détachement en tête de phrase et l’extraction (C’est la ponctuation que j’aime), procédé emphatique qui associe c’est, locution identifiante, et une relative pour extraire un constituant de la phrase
Ce que j’aime, c’est la ponctuation.
Cet air que je ne connais pas, c’est aussi une prière GM 176
Ce que je sais d’un dieu, (…), c’est l’aile PP 192
Ce qui me plaît en vous (…) , ce sont mes souvenirs GM 211
- compléments circonstanciels détachés en tête de phrase, ou encadrés
Sans trop d’émotions,
je tournai les yeux vers le personnage indiqué FF 175 (CCM)Un instant, il plongea dans ce même désespoir où sans doute, un jour, l’idée de se tuer l’avait surpris GM 103 (CCT)
- complément de verbe ou de nom détaché en tête de phrase
De la voir sourire
, l’audace me prit GM 148 (COD)- proposition subordonnée placée en tête de phrase
Comme la poignée se trouvait à l’extérieur, il essaya vainement de baisser la glace GM 81
Après le repas, la danse ; après la danse, le coucher des époux JF 250 (ellipse du v. vint)
Les deux virgules constituent la trace du verbe effacé, identiques". Outre sa fonction syntaxique, la virgule a une fonction sémantique puisqu’elle remplace un mot.
Sucre, sucre, sucre ; Bigre, bigre, Bigre JF 250
3.3. la virgule est nécessaire dans un système paratactique
Ce sont des propositions juxtaposées qui entretiennent néanmoins un rapport de dépendance syntaxique conditionné par la présence d’un indice formel dans la première proposition :
Jacques a beau le serrer des genoux et lui tenir la bride courte, du plus bas de la fondrière, l'animal têtu s'élance JF 78
plus
je la regardais, moins je pouvais croire que la vie avait pour toujours abandonné ce beau corps. RF3.4. . Les interdictions :
La virgule est interdite entre des termes étroitement associés : S/ V, V/ CO, V/ Att, N/ CdN mais la longueur du segment le rend parfois nécessaire
*Pierre est, beau./ *Pierre a, de la chance
4. le point d’interrogation
Boucher, voudrais-tu me loger ? FF (S)
vous êtes bien le concierge du passage ? PP 28
Dans tous ces cas, il est obligatoire.
Et que m’importe le blanc ou le noir ? Ils sont du domaine de la mort. PP 15
L’interrogation n’en est pas une, puisqu’elle amène une réponse immédiate du narrateur. Mais le plus souvent l’interrogation oratoire n’amène pas de réponse explicite.
Que viendrait désormais faire ici la raison ? PP 12
Ici, aucune réponse, mais il est sous-entendu que la réponse est " rien ". Dans la mesure où ce type d’interrogation joue sur un implicite, il s’enrichit d’une fonction sémantique.
Et comment le saurai-je ? Qui me le dira ? GM 180
Lui écrire? par qui ferais-je parvenir ma lettre? RF (MA)
Dans le 1er exemple, le ? est suivi d’une majuscule ; il correspond donc sur le plan prosodique à un point : sa fonction syntaxique est interphrastique. Dans le 2ème exemple, il est suivi d’une minuscule, et correspond sur le plan prosodique à une virgule .
4.3. Rappel : dans l’interrogation indirecte, le point d’interrogation est proscrit
J’espère que tu me feras grâce du reste ? JF
Normalement, dans cet extrait du programme de l’an dernier, on ne devrait pas trouver de ? ; son emploi est donc stylistique (mise en évidence de l’oralité, contagion de la narration par le discours)
2. Les signes ayant une fonction sémantique principale
Ceci est le cas des signes que Popin appelle signes par évocation : à savoir les points de suspension et le point d’exclamation.
1. les points de suspension
Il a aussi une fonction prosodique, il marque une pause, un inachèvement de la phrase
- on ne met pas … après etc., car il s’agit là non des points de suspension, mais du point abréviatif ; ex. : FF(A) X., si vous voulez, le nom ne sera pas sur le catalogue.
Dans le cas où il absorbe le point et la virgule, il absorbe par conséquent leur fonction syntaxique.
- non absorption du ! : C'est donc un blond!... FF (S)
- non absorption du ? : Vous ne travaillerez point à votre dentelle aujourd'hui?... FF(S)
- absorption du . final : Puisque tu m'aimes encore, il ne faut pas que je meure... RF (MA)
- absorption de la virgule : vous ne pouvez croire que je ne fasse plus encore... moi qui vous achèterai les plus belles perles qui seront ici. FF(MA)
On retrouve dans ce cas la fonction prosodique d’interruption mais qui se double d’une fonction sémantique particulière, selon le contexte ; signe d’évocation, il oblige en effet le lecteur à compléter le sens du discours ainsi interrompu :
- il peut s’interrompre pour se corriger ou marquer une hésitation (gêne, scrupule, oubli)
" Monsieur! Meaulnes... " GM
L’interruption est volontaire, vient du locuteur lui-même, ici un élève qui veut prévenir de l’absence de Meaulnes sans oser en dire plus (" et quelqu'un, comme c'est l'usage, ne manquera pas de crier à haute voix les premiers mots de la phrase "), là un élève qui veut faire peur à son camarade en faisant semblant de le dénoncer :
" Monsieur! Un tel me... " GM
- il peut être interrompu par son interlocuteur ou par des circonstances extérieures :
- Eh bien, la fiancée que Frantz est allé chercher... " Avant que le jeune homme ait rien pu dire, ils sont tous les trois arrivés à la porte d'une grande salle (…) GM
L’interruption est soulignée et explicitée par le narrateur.
un silence imparfait s'établit, mêlé de conversations à voix basse, coupé de petits cris étouffés et de phrases dont on ne dit que les premiers mots pour effrayer son voisin : GM
- en fin de phrase, l’énonciateur peut chercher à ouvrir un prolongement sémantique, on note ainsi dans GM un effet de suspension du récit ou des phrases, qui vise à laisser place à l’imagination du lecteur/auditeur ; peut-être à signaler un univers inaccessible même aux mots.
Et de la cuisine nous écoutions ce que disaient les paysannes, curieux de toutes leurs histoires… GM 144
Il fallut lui raconter ma vie à Paris, mes voyages... FF (S)
D'ailleurs un amour qui remonte à l'enfance est quelque chose de sacré... Sylvie, que j'avais vue grandir, était pour moi comme une sœur. Je ne pouvais tenter une séduction... FF(S)
Ici le silence du narrateur est lié à la notion même de sacré : intouchable donc innommable au sens premier
- il peut fragmenter un monologue intérieur et souligner le rythme de la parole du locuteur, un débit particulièrement marqué par l’émotion ; par exemple un bégaiement émotif
Et les jupons… il y a donc des femmes qui portent ces jupons prune à longues raies ton sur ton ? PP 103
les cheveux… les cheveux mériteraient un paragraphe, avec leur façon de ne pas se plier à la mode PP 107
Ici les points de suspension attestent en certitude de l’intention ironique de l’auteur et de son jugement négatif quand à la valeur esthétique des jupons ou des cheveux..
2. Le point d’exclamation
Uniquement comme signal redondant de l’interjection, de locution interjectives, d’injures faisant office d’interjection
Ainsi qu’après les adjectifs et les adverbes exclamatifs : Quelle perte!... FF (S)
Hormis ce cas, le point d’exclamation est toujours intentionnel, il nécessite donc une interprétation sémantique, voire stylistique.
Donc si sa présence n’a rien d’exceptionnel sur le plan de l’énonciation dans le discours direct ; il n’en est pas de même dans la narration, puisqu’il va la transformer en discours.
C’est en particulier le cas pour PP où la narration tend perpétuellement vers le discours.
votre conduite est vraiment inexplicable! Vous, si pieux, si calme et si doux, vous vous agitez dans votre cellule comme une bête fauve. RF (MA)
Ah! quelles nuits! quelles nuits! RF(MA)
Dans le 1er exemple, le ! est suivi d’une majuscule ; il correspond donc sur le plan prosodique et syntaxique à un point. Dans le 2ème exemple, il est suivi d’une minuscule, et correspond sur le plan prosodique à une virgule ; c’est soit une virgule qui isole un terme en apostrophe ; ou une virgule ayant qui isole une proposition incise.
On remarque qu’il note imparfaitement toutes les nuances de l’oral. Il est extrêmement polyvalent quant à l’expression des sentiments qu’il met en jeu qui nécessite une part d’interprétation du lecteur
- des sentiments variés :
Trois volumes!... Quelle perte!... : FF(A) regret
- Quels moines! C'étaient des Templiers! FF(A) admiration ou effroi
" Prends garde par derrière! GM appréhension
Partir demain sans l'avoir revue! RF (MA)désespoir
- un ordre (valeur modale) :
" Allons-y, François! " GM
Allez toujours! FF(S)
- de ce fait, il permet de résoudre certaines ambiguïtés de formulation : dans JF beaucoup d’exclamations très proches sémantiquement de l’interrogation :
Dans quel siècle vivons-nous, bon Dieu! RF (MA)
3. Les signes ayant une fonction énonciative principale
Ils indiquent tous qu’une autre voix que celle de l’énonciateur précédent va se faire entendre ou vient de se faire entendre. Ce peut être aussi une deuxième voix assumée par la même personne ( ex. donne un avis sur ce qu’elle vint de dire, ou émet un doute, un jugement)
3.1. Rappel : la virgule de l’apostrophe et de l’incise
Dietrich
, mon fidèle écuyer RF (CD)Aucune, Sylvie, qui ait votre regard et les traits purs de votre visage. FF(S)
Il faut rentrer à la maison, dit Sylvie à son frère. FF(S)
3.2. rappel : l’italique
Lorsque un auteur emploie l’italique, il manifeste sa présence en mettant ainsi en relief telle ou telle expression. Il souligne à la fois le mot mis en relief mais aussi sa propre présence dans le texte. C’est pourquoi si l’on joue de l’italique, c’est pour marquer une distance avec sa propre expression,
- ce peut être pour un emploi en mention, ie une référence explicite à un terme appartenant à qn d’autre ; c’est le cas de tous les termes étrangers, mais aussi des titres d’œuvres ; ou des citations d’œuvres :
Le fou n’est pas celui qui a perdu la raison : le fou est celui qui a tout perdu, excepté sa raison. (
G. K. Chesterton) PP 245Et que dire de l’étalage d’éponges qui complète cette boutique, née sur la fin du romantisme, quand Les Burgraves étaient sifflés, et les châteaux hantés laissés à l’abandon ? PP 118
- ou ce peut être une distance ironique.
C’est sans doute le cas dans PP p. 80 (hésitation entre emploi ironique et emploi en mention) :²
Il paraît que le téléphone est utile : n’en croyez rien
- ou pour marquer un changement de niveau énonciatif ; ainsi les didascalies de la saynète de PP sont en italique ; elles indiquent que l’énonciation n’est pas la même que dans les répliques ; dans les didascalies, c’est la voix de l’auteur qui se fait entendre.
La volonté, se redressant tout à coup. PP76
3.3. les guillemets
On emploie les guillemets pour toute citation directe, toute référence explicite, tout emploi avec lequel l’auteur prend ses distances. Dans tous les cas, les guillemets marquent un changement ds l’énonciation.
" Cela vient de la grande sapinière à gauche, dis-je à mi voix. C’est un braconnier sans doute. " GM
La citation est annoncée par les deux-points, encadrée de guillemets, la ponctuation normalement attendue est placée à l’intérieur des guillemets.
" Voilà "la maison de Franz", dit la jeune fille ; il faut que je vous quitte… " GM 72 (quotes anglais)
Ici les guillemets (quotes anglais) soulignent que la jeune fille (Yvonne) ne s’est pas approprié le terme et peut-être aussi bien la maison elle-même.
Quand on lui demande son métier, pourtant, il est " magasinier ". E 47 (exemple de l’an dernier)
Magasinier : 1) emploi en mention, référence aux propos mêmes du voisin, 2) distance prudente de Meursault, que ne peut supposer capable d’ironie, mais qui ne peut cautionner tout à fait ce propos, le sachant maquereau (il vit des femmes, deux lignes avant)
3.4. le deux-points
Il est réservé à la fonction cataphorique du discours (cataphore : désigne le renvoi à un élément postérieur dans le texte / anaphore : désigne le renvoi à un élément antérieur ds le texte).
J’eus pitié d’elle et je protestai : " mais non, ma tante, je vous assure… " GM
Monsieur, deux choses : l’une c’est que… (…) l’autre chose, c’est que… JF 234
Mais je viens de bien loin, et d'un endroit d'où personne n'est encore revenu: il n'y a ni lune ni soleil au pays d'où j'arrive RF(MA)
Seulement, il y avait un fait absurde que je ne pouvais m'expliquer: c'est que le sentiment du même moi existât dans deux hommes si différents. RF (MA)
Mais aussi en raison de la proximité de ces notions la cause, le but : cause/csqce, avant/après, la conséquence (= donc, en effet)
il n'y a qu'un moyen, et, quoiqu'il soit extrême, il le faut employer: aux grands maux les grands remèdes. RF (MA)
j'étais si fatigué de cette double vie, que j'acceptai : voulant savoir, une fois pour toutes, qui du prêtre ou du gentilhomme était dupe d'une illusion RF (MA)
3.5. les parenthèses et les crochets
Les parenthèses encadrent une portion de texte qui diffère du contexte qui l’environne, c’est pourquoi elles correspondent à un changement de voix sur le plan de l’énonciation. Il en est de même pour les crochets qui sont utilisés uniquement pour marquer l’intervention de l’éditeur du texte.
Jurez-moi que vous répondrez quand je vous appellerai - quand je vous appellerai ainsi ... (et il poussa une sorte de cri étrange : Hou-ou!...) Vous, Meaulnes, jurez d'abord! GM
Les parenthèses accompagnant les italiques dans la saynète du PP marquent donc le changement énonciatif propre au théâtre – dont atteste la didascalie - au sein d’une réplique, lorsque l’auteur est obligé de préciser les caractéristiques d’une action pour le jeu de l’acteur – elles sont parfois renforcées par l’italique,
(d’un air résolu) : s’il y va, j’y vais avec lui. PP76
"Et puis..." (C'est ainsi que Diderot commençait un conte, me dira-t-on.) FF (A)
Cette dernière parenthèse correspond à une incidente, ie un commentaire en supplément de l’information essentielle, visant ici à fournir une explication) :
3.6. le tiret et le trait
Ces signes sont confondus dans leurs fonctions. Ils entretiennent une relation intéressante avec les guillemets, la virgule, le point-virgule, les parenthèses. Ils marquent un changement d’énonciation puisqu’ils dédoublent la voix du locuteur ou disposent l’information sur des plans différents.
1. dans le dialogue et dans l’introduction du discours direct, le tiret, combiné à l’alinéa et au retrait marque la prise de parole et le changement de locuteur
- Ah ! si vous étiez assez bon…
- Je vous le chercherai : donnez-moi quelques jours.
- Je commence le travail après-demain. FF(A) 99
Dans JF parfois pas de passage à la ligne : Elle répondait : On y va. – Les côtelettes et le canard ! – On y va. – Un pot à boire, un pot de chambre ! – On y va, on y va. JF 124
+même chose dans E, pas de passage à la ligne, ex., p. 116
2. à l’intérieur du texte, le tiret par pair marque, comme la parenthèse un autre plan d’énonciation
En fin de phrase, le deuxième tiret peut être absorbé par le point :
[il] cligna des yeux – et Meaulnes comprit qu’il avait une forte envie de pleurer. GM
- le tiret délivre une information de même niveau que le contexte qui l’environne, mais, présente celle-ci avec quelque réticence, voire pudeur.
Je quittai mes deux compagnons, M. Seurel dont on eût dit qu’il partait en guerre – je crois bien qu’il avait mis dans sa poche un vieux pistolet – et ce traître de Moucheboeuf. GM
- ou bien le tiret par pair commente ce qui vient d’être dit, ou ce qui va l’être,
Au premier instant, - j’étais si jeune encore ! – je considérai cette nouveauté comme une fête. GM
- ou encore apporte une précision à ce qui vient d’être dit :
Et bientôt, il reviendrait – sans tricherie, cette fois… GM
Ici, commentaire de Meaulnes au sein du DIL(Discours indirect libre).
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